
L’anglais en maternelle à iféa : quand et comment ?
À Katherine Johnson, l’anglais n’est pas une matière ajoutée à l’emploi du temps, ni un simple “bain linguistique”. C’est une langue que votre enfant entend, comprend et emploie chaque jour, à des moments identifiés et construits. Voici lesquels, et pourquoi nous avons fait ces choix.
Pourquoi commencer dès la petite section ?
Être exposé à une seconde langue dès la maternelle est particulièrement intéressant car, à cet âge, le cerveau de l’enfant est encore très plastique et particulièrement réceptif aux sons, aux rythmes et aux structures des langues. Les régions cérébrales impliquées dans le langage, notamment celles situées autour de l’aire de Broca, se construisent et s’organisent au fil des expériences linguistiques.
C’est là que se joue l’essentiel : plus l’enfant entend et utilise naturellement une seconde langue tôt, plus celle-ci peut s’intégrer de façon spontanée aux réseaux du langage. Après six ans, cette intégration se fait plus difficilement. Ce sont aussi les éléments les plus difficiles à acquérir plus tard qui se mettent en place à cet âge : la prononciation, les rythmes, les accents toniques propres à chaque langue.
Cette familiarisation dès la petite enfance constitue donc une base solide pour la compréhension, la prononciation et les apprentissages linguistiques futurs.
Quand votre enfant fait-il de l’anglais ?
En petite et moyenne section, les élèves bénéficient en permanence de la présence en classe de deux adultes, évoluant ainsi dans un environnement bilingue constant. Parmi ces adultes, on compte une enseignante francophone et une enseignante anglophone. Les deux enseignantes élaborent ensemble la progression annuelle et la cohérence du parcours bilingue. Voici ce que cela donne sur une semaine.
Les rituels du matin, en alternance : un jour en français, un jour en anglais. La situation ne change pas, les mots changent. C’est ce qui permet à l’enfant de réinvestir le même vocabulaire dans les deux langues.
Les moments de la vie quotidienne, en permanence dans les deux langues : se laver les mains, passer aux toilettes, ranger son doudou, aller chercher sa lunch box, se servir de ses couverts. Parce que deux adultes sont présents dans la classe, ces moments se vivent naturellement en français comme en anglais.
Des ateliers dirigés avec l’enseignante anglophone, en petit groupe. Ce sont de vrais temps d’apprentissage, où l’enfant construit le langage par l’interaction avec l’adulte : on lui parle, on l’écoute, on le relance, on reformule.
La lecture d’albums avec l’enseignante anglophone, et la lecture en réseau : deux albums différents, l’un en français, l’autre en anglais, choisis autour d’un même thème, la rentrée, les émotions, la forêt. Il ne s’agit pas de lire la traduction d’un même texte, mais de permettre à l’enfant de reconnaître une situation avant d’en reconnaître les mots.

La motricité quotidienne : un jour en français, le lendemain à l’identique en anglais. L’enfant y réemploie son vocabulaire dans l’action, au moment où il en a besoin pour comprendre, agir et se faire comprendre.
Les arts plastiques, la motricité fine et le geste graphique, conduits dans les deux langues : les couleurs, les formes, les verbes d’action, découper, tracer, dessiner. Là encore, le vocabulaire est employé en situation, et non récité.
Les comptines, chantées en français et en anglais.
Le principe est toujours le même, et il rejoint ce que nous expliquions dans le premier volet de cette série : ce qui fixe le vocabulaire, quelle que soit la langue, c’est la répétition dans un même contexte. Nous partons donc du français, langue dans laquelle nos élèves sont généralement le plus à l’aise, et nous renforçons en anglais, pour que l’enfant donne du sens et construise le langage dans les mêmes situations. Les apprentissages formels de base restent conduits en français en petite et moyenne section, parce que nous voulons que chaque enfant y construise des fondations solides.
Comment le parcours bilingue évolue, de la petite section au CM2 ?
Le parcours bilingue ne consiste pas à augmenter chaque année la dose d’anglais. Il comporte trois temps, qui répondent à trois besoins différents.
En petite et moyenne section, l’anglais est quotidien et toujours accompagné : deux adultes dans la classe, des moments identifiés, une continuité constante avec ce qui se travaille en français.
À partir du pré-CP, puis en CP, votre enfant a de véritables temps distincts : des temps conduits par l’enseignante francophone, des temps conduits par l’enseignante anglophone, en immersion, sans adulte francophone à ses côtés. L’entrée dans les sons commence, et le programme Cambridge International démarre dès le CP. Le français occupe la plus grande part de ces deux années, afin d’installer solidement l’entrée dans la lecture et l’écriture, pendant que l’anglais devient une pratique de plus en plus autonome.
Du CE1 au CM2, votre enfant alterne une journée entière en français avec l’enseignant francophone et une journée entière en anglais avec l’enseignant anglophone : il passe ainsi la moitié de sa semaine dans un univers francophone et l’autre moitié dans un univers anglophone. Des domaines d’apprentissage entiers sont alors conduits en anglais, notamment une partie des mathématiques, la formation de la personne et du citoyen et les arts. Les premières certifications Cambridge peuvent être passées dès la fin du CM2.
Quels progrès peut-on observer chez son enfant ?
La compréhension précède la production. Votre enfant chantera avant de parler, nommera avant de construire des phrases, et répondra souvent en français à une question posée en anglais : cela ne signifie pas qu’il n’a pas compris, mais qu’il n’est pas encore prêt à produire. Cette phase de réception silencieuse est fréquente et, lorsqu’elle s’inscrit dans le développement habituel de l’enfant, elle n’a rien d’inquiétant.
Le rythme varie beaucoup d’un enfant à l’autre. Certains rapportent des mots à la maison dès les premières semaines, chantent une comptine apprise le matin même et veulent montrer ce qu’ils savent ; d’autres n’en laissent rien paraître pendant des mois. Les deux sont normaux. Ce qui se construit pendant ce temps est bien réel : votre enfant emmagasine, distingue des sons, associe des mots à des situations. Le jour où il se met à parler, il ne commence pas : il montre.
Le quatrième et dernier volet de cette série répond aux questions que les familles nous posent le plus souvent. Vous pouvez également relire le premier volet, sur l’importance de ces trois années, et le deuxième, sur le déroulé d’une journée en petite et moyenne section.
Naïma Page, co-fondatrice iféa
Laura Chahir, ingénieure pédagogique du réseau iféa
Merci aux maîtresses Lucie et Mary Jane pour leur aide.